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L'avenir d'une race et d'un pays n'est pas
Dans un homme, fût-il l'arbitre des combats,
Le roi du monde. Rien n'arrête un peuple en marche.
Il monte ! Je le vois monter de marche en marche,
Du levant au couchant, dans un tel flamboiement
Que l'astre d'or pâlit au sein du firmament.
Qu'importe aux aigles fiers et même aux hirondelles
Une plume de plus ou de moins à leurs ailes !
Je ne suis qu'une plume, ami ...
Antar
Antara Ibn Cheddad, chevalier du désert, poète de lArabie
préislamique qui vécut au VIe siècle de lère chrétienne. La bravoure
légendaire dAntara et la perfection de sa poésie primitive "le hissèrent au
rang des plus grands poètes et héros arabes". Mais comme on a pu s'en rendre
compte dans les récits précédents; derrière chaque grand homme il y a une femme..
Voici son histoire..

"Certains disent que la légende ou la Sirat d'Antar est plus
intéressant que les Mille et Une Nuits parce quil est moins merveilleux. Tout lintérêt
est puisé dans le coeur de lhomme"
"C'est une très vieille histoire qui commence comme la Table
d'Emeraude."
Il est vrai, sans mensonge et très véritable qu'un jour, l'émir
Chaddad, chef de la noble tribu des Beni Abs et son esclave noire Zébiba, eurent un fils
du nom de Antara.
Ce dernier tomba éperdument amoureux d'Abla, sa cousine, fille de son
oncle Malik, qu'il servait comme esclave. Un jour, la tribu des Beni Abs fut attaquée par
la tribu ennemie de Zobeir; et seule la prodigieuse bravoure d'Antara permit de sauver
Abla et les siens de l'esclavage. Pour célébrer sa bravoure, l'émir Cheddad, invita
Antara sous sa tente, et le valeureux guerrier reçut le titre de "Protecteur des
Béni Abs et cavalier du soleil".
Mais ce n'était pas les honneurs qu'espérait Antara en remerciement
de ses exploits, mais la main de celle pour laquelle il se mourrait d'amour, et composait
des poèmes si beaux!.. Alors mandé par Malik qui linterroge sur la récompense quil
désire recevoir, lui avoue son amour pour Abla et la demande en mariage.
Malik est peu pressé daccorder sa fille à un jeune homme de
piètre condition, noir de surcroît! Même fût-il un héros! Aussi prétexte-t-il une
promesse dalliance d'Abla avec Amarat, prétendant riche et puissant.
Antara
affirma haut et fort qu'il n'épouserait jamais que celle qu'il aimait, et qu'il noierait
sa rage dans le sang de ceux de la tribu qui faisaient obstacle à son bonheur. Le
valeureux guerrier devint triste, puis irritable, et un jour, laissa exploser sa colère.
-Pourquoi
mon Père, refuse-t-il de m'appeler son fils, et de m'accorder la main d'Abla, celle que
j'aime plus que ma vie ?, demanda-t-il à sa mère.
-Ta
couleur, mon fils, répondit Zébiba, l'esclave. Un noble arabe ne donnera jamais sa fille
à un esclave sans nom, et sans rang, qui n'a pour toute éducation que le talent
d'inventer des poèmes. Antara, rongé par l'amertume, s'en alla voir son père, et lui
demanda la main d'Abla, mais celui-ci entra dans une grande colère!..
-Voudrais-tu
qu'on dise que Chaddad, chef des Beni Abs, a reconnu le fils d'une esclave noire, et
l'autorise à prendre rang parmi les Arabes ? Ne me parle plus jamais de Abla, répondit
l'émir.
Antara
partit pour le désert, car c'était le seul endroit où on lui faisait bon accueil. Il
erra seul, de longue journée, puis, se languissant d'Abla, s'en retourna vers la tribu de
son père.
Une entrevue orageuse a lieu entre Abla et son père. La jeune fille
lui rappelle son serment:
-"Ah! ne me laisse pas dans cet affreux tourment! De penser que
tu veux manquer à ton serment", et clame son amour pour Antara: "Je le dis à
celui qui veut encore lentendre!Jaime Antara! Jaime Antara! Lui seul est
bon et tendre."
Amarat, fou de jalousie, lui annonce la mort dAntara, quelle
se refuse à croire..
Quand Antara arriva, au campement, les femmes lui apprirent que les
hommes avaient été capturés par des pillards en tentant de leur donner la chasse.
Antara partit à la recherche des siens, et après voir franchi plus de mille dunes et
autant de déserts, les trouva prisonniers de leurs ennemis, attachés à leurs chevaux.
N'écoutant que son courage, il fondit sur les pilards, se batit comme un lion, tua leur
chef, et mit les autres en fuite. Antara fut couvert d'honneurs, mais son père lui refusa
une nouvelle fois la main d'Abla, car son coeur repoussait cette chair de sa chair dont la
couleur était noire. Antara, retourna dans le désert où il s'enfonça le plus profond
qu'il put. Cette fois, il pleura des larmes de pierre, aussi dures que son coeur. Après
des jours de marche, écrasé de soleil et de solitude, il rebroussa chemin, et prit la
direction du campement où était restée celle qu'il ne parvenait pas à oublier.
Arrivé en haut de la dune, il fut le témoin d'un terrible spectacle.
Les Beni Abs se battaient au corps à corps contre un ennemi supérieur en nombre. Le
fracas des armes, les cris des femmes et des enfants, le gémissement des blessés,
montaient vers lui comme autant d'appels à l'aide.
- Qu'attends-tu pour venir à notre secours, lui cria son père,
blessé, en l'aperçevant. Antara s'assit sur le sommet de la dune, observant le désastre
qui s'offrait à ses yeux avec une froide indifférence.
- Puisque je ne suis pas digne de ton sang, peu m'importe ce qu'il
adviendra de toi et des tiens.
- Ne vois-tu pas qu'on enlève la femme que tu aimes ?
- Pourquoi la délivrerais-je, si c'est pour qu'elle fasse le bonheur
d'un autre que moi ?
- Que veux-tu pour prix de ton aide ?
- Je veux que tu me reconnaisses pour fils, et la main d'Abla.
- Soîs béni, O mon fils. Tu as désormais rang d'homme libre, et la
main d'Abla t'est acquise, répondit l'émir. A ces mots, Antara bondit sur son cheval,
dévala la dune, et se jeta de toutes ses forces dans la bataille qui faisait rage. Il
fondit sur le cavalier qui tentait d'enlever sa belle, et lui transperça le flanc de sa
lance.
La violence du choc fut telle qu'Abla tomba du cheval ennemi qui
l'emmenait de force vers de nouveaux maîtres. Elle roula à terre, et ayant reconnu son
sauveur, l'appela à l'aide. Antara, n'écoutant que son amour, attrappa la frêle main
tatouée tendue vers lui, et depuis ce jour, leurs destin furent scellés à jamais.
Le mariage eut lieu, ainsi que l'avait promis son père, et de leur
union naquit un fils, noir lui aussi, qu'ils nommèrent Antara. Comme son père, il avait
le don d'enfiler des perles de mots pour tresser des colliers au vent, et ne perdait
jamais une occasion de montrer sa bravoure au combat. Ses victoires suscitèrent encore
plus de jalousies que les exploits de son père du temps de sa jeunesse..
Amarat, rongé par la jalousie, va utiliser les services de Zobeir
dont il avait fait crever les yeux jadis en accusant Antara de ce crime. Zobeir, dont la
cécité a aiguisé le sens auditif, arrive à toucher par une flèche empoisonnée lépaule
dAntare qui se promenait avec son épouse. Détrompé par Antara qui lui jure quil
na jamais voulu lui crever les yeux, Zobeir lui annonce quAmarat va attaquer
le camp.
Antar, conscient de sa mort prochaine, fait évacuer le camp et prie
son frère Cheyboub de veiller sur Abla, désespérée, qui refuse dabandonner son
époux. Antar demeure seul, il monte sur son cheval pour affronter lennemi. Ses
ennemis, trompés par les rayons du soleil qui illuminent larmure dAntar, le
croient en vie, et fuient épouvantés.. Antar meurt dans la gloire.. laissant Abla
démunie de leur amour..
Cependant, personne ne vengea la mort d'Antara parmi les arabes de la
tribu qu'il servait, parce que selon eux, la mort d'un esclave noir, fut-il attaché à
leur service, n'entachait pas leur honneur.
- Nous ne saurions faire couler le sang d'un arabe pour laver celui
d'un esclave noir, aussi méritant soit-il, répondit l'Emir au père d'Antara qui
réclamait vengeance pour la mort de son fils...

Cette légende raconte la lutte des minorités pour leur
reconnaissance. Elle dit la force de l'amour d'un homme pour une femme, elle dit la
violence du groupe contre celui qui brise le tabou, elle dit le courage de celui qui se
bat pour ceux qui font son malheur, elle nous rappelle aussi le racisme dont certains sont
victimes.. Mais elle nous démontre aussi le pouvoir de l'amour.. et qu'il vaut la peine
qu'on se batte pour lui.. pour la personne qu'on aime..Elle dit nos faiblesses et nos
espoirs. Elle dit enfin, que l'esclave d'hier est le maître de demain..

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